Merci de ne plus casser les oreilles à l’auditoire !

Trop compresser ses fichiers audios nuit gravement..
EXIT, le festival Electro de l'Europe de l'Est !

Le titre de cet article est volontairement provocateur, mais au risque de “casser les pieds” à la majorité des lecteurs, il fallait bien aborder ce sujet un peu délicat des “nuisances sonores” car les risques sur la santé sont malheureusement bien réels. La mode de la musique diffusée à fond dans les oreilles est toujours d’actualité chez les plus jeunes.

Face à ces excès, les médecins constatent des impacts directs et immédiats comme la perte d’acuité auditive momentanée ou la destruction d’organes du système auditif, avec également des effets indirects sur le plus long terme.

Les conséquences sur la santé sont variables selon les individus: irritabilité, insomnie, dépression, nombreux problèmes auditifs (surdité passagère ou définitive, acouphènes, bourdonnements qui persistent, hyperacousie ou hypersensibilité à certains sons, notamment les sons aigus etc..).

Les risques professionnels concernant les personnels de l’animation ou d’événements festifs (milieux des spectacles, de la nuit, soirées, concerts..) sont des sujets peu abordés. Les métiers principalement concernés par ces problèmes sont les DJ (discjockey), VJ (vidéojockey), LJ (lightjockey), les animateurs de soirées, artistes, musiciens.. Quand au public et plus généralement à l’auditoire (restaurant, bars, soirées privées ou loisirs..) ce sont des acteurs “passifs” (salariés, clients, fournisseurs, voisinage..) qui peuvent subir des nuisances et parfois également des risques liés à leur santé.

Au fait, ne pourrait-on pas diffuser (le DJ dira plutôt: jouer) la musique de facon raisonnée et modérée tout en garantissant une meilleure qualité d’écoute, avec un son harmonieux; à la fois en limitant les risques et en passant un agréable moment ?  Malheureusement, on trouve encore des endroits où l’on diffuse des sons à un niveau acoustique trop élevé,  avec l’émission de sons souvent déformés, une perte importante de qualité sonore avec des distorsions très désagréables, un niveau de basse “inadapté” ou poussé à l’excès. En bref, du matériel qui est “poussé” au delà des limites techniques prévues par le fabricant avec finalement un résultat de piètre qualité artistique. La question est posée, la réponse dépendra en partie de la clientèle..

LES DANGERS ET LES PRINCIPAUX RISQUES ENCOURUS:

Le risque le plus fréquent au niveau sanitaire se situe au niveau de la diffusion de sources sonores à un niveau élevé et sur le long terme. La conséquence principale est un trouble de l’audition plus ou moins important, voire irréversible. Les autres risques encourus sont  cités ci dessous pour mémoire, car ils sont beaucoup moins fréquents.

Le fait de régler un casque audio ou le niveau sonore d’une source sur la position maximale (volume) peut porter préjudice du point de vue auditif. Cela a été clairement démontré par de nombreuses études; une exposition prolongée à un niveau sonore inadapté provoque des phénomènes de bourdonnements permanents et dans les cas les plus graves une diminution de l’acuité auditive. C’est ce que l’on appelle communément les acouphènes. Ces traumatismes auditifs sont bien connus et ils sont malheureusement de plus en plus fréquents. Concernant plus précisément le DJ, on peut dire que le réglage du casque à un niveau sonore trop élevé nuit au mixage des morceaux. Cela rend le mix au tempo plus difficile même si la piste de danse diffuse un son aux alentours des 105 décibels.

On constate bien souvent que le son diffusé dans les discothèques ou les salles de concerts sont très élevés avec des moyennes de 105 décibels (respect des limites légales, voir bas article). Certains Clubs ont parfois beaucoup de mal à limiter (ou encore mieux d’afficher) le niveau sonore diffusé par leurs installations, il est très facile (désagréable) de s’en rendre compte, même sans sonomètre. Dans certains autres établissements, on fournit spontanément, gracieusement et en libre service, des protections auditives en mousse. A noter que de plus en plus d’organisateurs de festivals, parades (fête de la musique, technoparade, concerts publics..), ou de défilés (manifestations, gaypride..) prévoient désormais la distribution gratuite de bouchons d’oreilles à usage unique.

En effet, la seule solution, pour sauvegarder son audition, est la limitation du niveau de la source sonore et la limitation du temps passé à un seuil trop élevé. Pour rappel, le seuil de risque pour l’oreille humaine est de 85 décibels (les variables sont le temps d’exposition et l’emplacement de la source sonore diffusée) . Lorsque cela n’est pas possible, l’utilisation de “filtres auditifs” ou de “protections auditives” est fortement recommandé. Certains modèles ne laissent pénétrer le son qu’en deçà d’une certaine valeur, ce qui permet de ne pas sacrifier la qualité acoustique du son qui pénètre dans les oreilles, tout en limitant les risques auditifs. En gros, il existe deux types de protections sur le marché, les protections non moulées et les protections moulées. Ces protections sont recommandées pour toutes les personnes (particuliers ou professionnels) soucieuses de conserver leur capital auditif et de se protéger tout en continuant à avoir une bonne qualité d’écoute.

Si l’on prend l’exemple d’un discjockey (DJ) qui travaille plusieurs jours par semaine ou d’un client qui sort régulièrement faire la fête, le temps d’exposition a un niveau très élevé, est conséquent.

Protections auditives moulées

Concernant le professionnel, il peut se faire fabriquer “sur mesure” une protection auditive auprés d’un audioprothésiste (environ une centaine d’euros). Ces prothèses sont fabriquées à partir de l’empreinte (moulage) du conduit auditif, ils sont parfaitement adaptés à la morphologie de l’oreille interne et optimisent la restitution du son, car la qualité de fabrication est assurée par un professionnel compétent dans son domaine. L’idéal est de porter une protection auditive dans l’oreille qui suit la musique, et de replacer la seconde protection dans l’autre oreille dés que l’on a terminé de mixer (pendant la majeure partie de la diffusion des morceaux joués sur les platines).

Les protections auditives anti-bruit sont recommandée pour les discothèques, les DJ, les musiciens, les personnes travaillant en usine ou sur les chantiers, le tir à l’arme..

  • PRINCIPAUX RISQUES OU MALADIES PROFESSIONNELLES:

– Danger d’électrocution, risques d’incendie ou de brûlures, risques électriques ou dans l’utilisation des matériels sous tension ou dans l’utilisation des effets spéciaux de plus en plus utilisés en Clubbing (utilisation de canons à CO2, machines à fumée, projecteurs de flammes réelles indoor, faisceaux lasers, pyrotechnique, canons a mousse, neige artificielle etc..). Nécessité de respect des normes en vigueur, commission de sécurité, personnel qualifié et compétent, mise en place de formations et de consignes..
– Lombosciatiques et rachis lombaire (mauvaises positions, maintien de la position debout ou penchée pendant des heures..), affections péri articulaires provoquées par certains gestes ou mauvaises postures de travail.
– Troubles de l’audition (écoutes ou diffusions à des niveaux sonores trop élevés). Certains métiers exposent les personnes à des niveaux sonores importants ou gênants. L’employeur doit mettre en œuvre des protections collectives et le cas échéant des protections individuelles (Protecteurs Individuels Contre le Bruit: PICB) de type bouchons d’oreille, casque anti bruit, serre-tête, etc..

  • AMBIANCES PARTICULIERES ET CONTRAINTES PHYSIQUES:

– Conditions climatiques variables en intérieur ou extérieur (froid, pluie, ou chaleur)
– Chaleur dégagée par le matériel, les installations et la foule.
– Bruits émis par le public et la salle (conversations, cris, hurlements, sifflets, corne de brume, foule..)
– Travail en milieu confiné : lumière artificielle, spots, lasers, machines à fumée, odeurs humaines, transpiration..
– Travail statique en position debout, gestes répétitifs.

  • INCIDENCES EN CAS EMPLOI D’AGENTS CHIMIQUES:

– Utilisation de produits d’entretien parfois nocifs (nettoyage vinyles etc..), utilisation d’appareils utilisant des produits chimiques (machines à fumée, neige artificielle, flocons etc..). Affections engendrées par les solvants organiques liquides à usage professionnel : alcools, éthers, hydrocarbures (précautions à prendre, respect des notices et consignes de sécurité).

  • INCIDENCES AGENTS BIOLOGIQUES:

– Risques d’infections ORL ou autres propagations de virus dans l’air ambiant, via la forte concentration de la foule dans un même espace ou lieu festif confiné, mal ventilé. Nécessité de contrats d’entretien concernant la VMC ou la climatisation (nettoyages, désinfection..).

  • CONTRAINTES ORGANISATIONNELLES ET RELATIONNELLES:

– Gestion de la foule et motivation, fourniture des outils de travail ou nécessité d’apporter une partie de son matériel pour sa prestation.
– Satisfaction de la demande, décalage horaire ou jet lag (déplacements fréquents, vols long courrier, fréquence et importance des prestations publiques..).
– Gestion des décalages horaires ( jet lag..), travail de nuit ou décalé (WE, jours fériés..), gestion du stress.

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LES ACTIONS PREVENTIVES: LES INDICATEURS

Bruit : la mesure du niveau d’exposition au bruit à l’aide d’un sonomètre et/ou d’un exposimètre.

LA PREVENTION COLLECTIVE:
Brider les équipements sonores et le matériel d’aide à la manutention.

LA PREVENTION INDIVIDUELLE:
Une protection auditive filtrante adaptée à l’activité concernée, et formation à la sensibilisation et prévention des risques.

Le danger d’une exposition au bruit dépend du niveau sonore diffusé et de la durée d’exposition. Plus l’intensité et la durée d’exposition sont élevés, plus les risques de lésion de l’audition augmentent. Le son commence à être pénible à partir de 75 dB et il est dangereux à partir de 85 dB.
Or la douleur auditive n’apparaît qu’à 120 dB : de 85 à 120 dB, l’oreille est menacée de lésions irréversibles sans que l’on puisse s’en apercevoir !
Le tableau ci dessous montre les limites acceptables d’exposition au bruit pour une oreille normale: s’il est possible de travailler 8 heures par jour dans un environnement à 85 dB, être exposé plus de quelques secondes à une intensité de 120 dB c’est risquer un traumatisme auditif !

Niveau sonoreDurée maximale d’exposition par jour
85 dB8 heures
88 dB4 heures
91 dB2 heures
94 dB1 heure
97 dB30 minutes
100 dB15 minutes
103 dB7 minutes et 30 secondes
106 dB3 minutes et 45 secondes
109 dB1 minutes et 52 secondes
112 dB56 secondes
115 dB28 secondes
118 dB14 secondes
121 dB7 secondes

 Les niveaux sonores généralement enregistrés dans les discothèques ou salles de concerts sont très élevés avec des valeurs atteignant 100 à110 dB en moyenne.

Pour les concerts, le niveau dépasse souvent les 120 dB. Des puissances ont parfois été mesurées à 138 dB devant la scène et jusqu’à 139 dB à proximité des enceintes.

Des décrets de Loi de mars 1997 et décembre 1999, limitent la pression acoustique (niveau sonore ) à un niveau moyen de 105 dB et  à 120 dB en crête. La législation ne protège pas des risques car elle fixe simplement les seuils dangereux.

Pour reconnaître les premiers signes d’un traumatisme, c’est simple: sensation d’oreilles bouchées, perception de sifflements légers ou de bourdonnements. Ces signes apparaissent généralement aussitôt après une exposition excessive au bruit.

La première sensation est due à une perte d’audition, les seconds signes sont des acouphènes. Si ces signes ne disparaissent pas au bout de quelques heures, ils peuvent devenir permanents. Il existe des traitements qui permettent de récupérer totalement ou partiellement suite à un traumatisme auditif : perfusions de vasodilatateurs et de corticoïdes (hospitalisation), repos dans un environnement calme. En cas de doutes, il ne faut pas hésiter à se rendre chez un spécialiste ORL ou un Médecin. Certains traumatismes sont parfois irréversibles.

QUELQUES TEXTES LEGISLATIFS ET REGLEMENTAIRES, NORMES :

-La réglementation sur le niveau sonore dans les lieux recevant du public est simple.
Dans aucun endroit, accessible au public, le niveau de pression acoustique ne doit dépasser 105 dB (A) de moyenne et 120 dB (A) peak (l’analyse doit se faire au minimum à 0.50 m de toute source sonore et à une hauteur comprise entre 1m60 et 1m80)

-Concernant le voisinage immédiat, les valeurs Maximales d’émergences (analyses du niveau de pressions chez le plus proche voisin, la première analyse sans bruit, la suivante avec le “système de diffusion sonore en fonctionnement), ne doivent pas être supérieur à 3dB. Les analyseurs de pression acoustique pondéré permettent d’effectuer ces mesures.

-Arrêté du 19 juillet 2006 : pris pour l’application des articles R. 231-126, R. 231-128 et R. 231-129 du code du travail

-Décret n° 2006-892 du 19 juillet 2006 : relatif aux rescriptions de sécurité et de santé applicables en cas d’exposition des travailleurs aux risques dus au bruit.

-Circulaire DRT n°2002-09 du 5 mai 2002 relative au travail de nuit.

-Décret n°2002-792 du 3 mai 2002 : pris pour l’application des articles L.213-2, L.213-3, L.213-4 et L.213-5 du code du travail : concerne le travail de nuit, y compris les modalités de la surveillance médicale spéciale.

-Arrêté du 24 juillet 1995 : relatif aux prescriptions minimales de sécurité et de santé concernant la manutention manuelle de charges.

-Arrêté du 29 janvier 1993 : relatif aux éléments de référence et aux autres facteurs de risque à prendre en compte pour l’évaluation préalable des risques et l’organisation des postes de travail lors des manutentions manuelles de charges comportant des risques: dorsolombaires.

-Arrêté du 31 janvier 1989 : Travail portant recommandations et instructions techniques que doivent respecter les médecins du travail assurant la surveillance médicale des travailleurs exposés au bruit.

-Les normes françaises et Européenne AFNOR et ISO concernant les protecteurs individuels contre le bruit, les exigences de sécurité et d’essais acoustiques et physiques, la manutention.

-Les différentes conventions collectives régissants les rapports entre les différents acteurs du marché (entrepreneurs de spectacles, artistes, musiciens et variété..).

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